Urgere 2

Archives photographiques, textuelles, musicales.



Argument

Toi, nomade, tu reviens courir ici. Je suis étonné.
Tu m’as dit la dernière fois que tu ne vas que là où tu n’es jamais allé. Je ne pensais pas te revoir chez moi.
Ici, c’est essentiellement un espace immobile, où le temps a cessé de s’écouler. Les champs, les arbres, et le cours de la rivière sont domestiqués. Les quelques passants m’habituent à leurs traces, cette cadence me repose.
Alors, pourquoi es-tu revenu ?
C’est l’histoire d’un joggeur, de passage sur un terrain de golf.

Ce moyen-métrage est issu de la correspondance qui s’est poursuivie pendant le voyage de Simon à Montréal, alors que Farid était toujours à Tokyo. Cette fois, il ne s’agit plus d’une performance live, les deux créateurs se sont dématérialisés. C’est assemblage a posteriori de sons intégralement enregistrés au Québec par Simon et d’images intégralement capturées au Japon par Farid. Ces deux matières de souvenirs qui leur restent une fois rentrés tissent une histoire qui additionne ces deux périples.



Photographies

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Voix off (version française)

Chapitre 1 : Partire

GOLF

Le revoilà. Il est revenu. La dernière fois, il a fait une brève apparition, puis est retourné vers la ville, peut-­‐être à cause du froid. Cette fois-­‐ci, il a l’air plus équipé. C’est sûrement un autre jogger qui vient d’emménager. La fois dernière, il s’est assis au bord de la rivière, il s’est allumé une cigarette après sa course. Quelques passants l’ont salué. Puis il est reparti. Probablement chez lui.

Ce golf, c’est un espace immobile, le temps a cessé de s’écouler. Et ses visiteurs sont essentiellement des habitués. Rares sont les nouveaux venus comme ce joggeur.

MAISON

Il vient de s’installer dans le quartier. Ses voisins sont venus le saluer à son emménagement. Il ne se sent pas chez lui ici je crois, c’est à peine s’il a déballé son sac, comme s’il était déjà sur le point de partir.
Il ne sort que des objets usuels : un ordinateur, des bouquins qu’il replace dans leurs étuis une fois utilisés.

Il s’assoit sur une chaise de la salle à manger ou bien sur le canapé dans le salon puis se met à travailler. Il prend des pauses cigarettes sur son balcon.
Ses passages dans la maison ne durent pas plus de quelques heures, le reste du temps il se déplace en ville.

BAIN

Il part de chez lui tous les matins et revient tard le soir.
Il travaille à l’autre bout de la ville.
Puis il y a ce golf.
Il y a là-­‐bas quelque chose d’inhumain, différent, vaste. C’est une autre dimension.

Je crois que ça lui plait. Il y retourne souvent. Aujourd’hui, il y faisait un temps superbe.

BAIN

Au golf, il croise les joggeurs, les cyclistes, les promeneurs, les promeneurs avec leurs chiens, tous les habitués du golf passant à une cadence régulière. Mais le joggeur, lui, n’en fait pas partie, on dirait qu’il erre.

GOLF

Ce matin, au golf, la rivière est asséchée. On voit la vase. Le ciel est blanc.
Le piano est à bout de souffle. Les passants sont moins nombreux. Ils restent dans les immeubles. Le joggeur, minuscule.

Chapitre 2 : Restare

RUE

Cela fait deux mois et demi qu’il est là. Il fait très froid, le temps est long.
Je ne le vois plus courir au golf autant qu’avant. Ces dernières semaines il se rend régulièrement dans un bar à la sortie de son travail.
Mais je n’entends que des voix étouffées.

BALCON

Cette ville est un monde clos. C’est un circuit, un parcours fléché où il prend toujours les mêmes chemins. Les rues, le métro, l’appartement, même ce golf vaste et immobile qui semblait le rassurer.
Il est toujours là et je ne sais pas s’il va repartir.

Ces chemins établis à travers la ville, je vois bien qu’il les prend à contrecœur et que cette résistance l’éprouve. Il grossit, sa peau devient grasse.
Il me dit qu’il a envie de catastrophe.

 

Chapitre 3 : Exsistere

GOLF

Retour, le retour au cru
Pixel
Microscopique
Le bruit de la montagne, les avions Le bruit du silence

On dirait vraiment que l’eau est immobile
Vaguelettes immobiles ou stationnaires
Minuscules vibrations
L’impression de ne plus savoir où était le sol, l’apesanteur Vraiment très envie de se perdre, de tomber dedans sans même Je veux laisser couler

C’est comme si la vague avait été tellement forte, que si je n’avais pas eu un tout petit instant de lumière, j’aurais été emporté.

RUE

Il y a quelques jours, il est sorti de la ville pendant plusieurs heures, au bord de mer. Il a marché le long de la plage, livide. Il a fumé quelques cigarettes avec le bruit des vagues. Il y avait une île d’où il a regardé l’océan pacifique, bleu glacial. Quand il est rentré de cette promenade, j’étais surpris de le voir éprouver de la joie en retrouvant ses habitudes, son bain, sa cigarette sur le balcon, son piano.

Il a passé une journée à nettoyer sa chambre de fond en comble, a passé l’aspirateur de partout. Il m’a dit qu’il aurait du commencer à y vivre maintenant, que la prochaine il fera un nettoyage de départ au moment d’arrivée.
Aujourd’hui il n’est plus là. Je vois ses traces de basket sur le terrain de golf. C’est un chez-­‐lui ailleurs, un chez-­‐lui temporaire.


Vidéo intégrale

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