Périphérie du confort

Nous avons remporté le 13 février le premier prix du concours national Culture Actions du CROUS dans la catégorie « Culture scientifique, technique et industrielle » pour notre spectacle « Périphérie du confort ».

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Lucile et Simon lors de la remise du prix par Geneviève Fioraso – ancienne ministre de l’éducation supérieure – et Emmanuel Giannesini – directeur du Cnous.

En plus d’une récompense de 2000 euros, la prix a été l’occasion de recevoir une multitude d’idées, conseils et contacts pour des représentations futures !

On parle de nous :

  • Studyrama : « Culture-ActionS : qui sont les nouveaux supers héro(ïne)s des projets étudiants ? »
  • Radio Campus France : « Création, solidarité, culture, science. Le CNOUS encourage les initiatives étudiantes »
  • Etudiant.gouv : « Les projets lauréats du dispositif Culture-ActionS! »

Le dossier de presse de Culture ActionS.

Dossier de presse du projet disponible en cliquant sur ce lien


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ARGUMENT

« Il y a longtemps, dans une cité futuriste, allait se tenir la conférence décennale sur l’état des savoirs. Cette conférence devait être l’aboutissement public d’un cycle de recherches visant à identifier le centre de l’Univers. J’avais été désigné pour y prendre la parole. Je devais trouver les mots pour dire que nous n’avions pas trouvé. Et que tous les indices convergeaient vers un nécessaire inconfort. »

Cosmos. Espace-temps. Big Bang et trous noirs. Cette conférence augmentée abordera quelques points essentiels d’astrophysique contemporaine. Mais ce cheminement en cosmologie – parfois titubant – sera aussi l’occasion d’une réflexion sur le centre et le contour par la musique, la danse et l’image.


VISUELS

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CONTENU

Objectif

Proposer un spectacle vivant sur le thème de la recherche en cosmologie, sous la forme d’une conférence « augmentée » – par des éléments de danse, musique et arts visuel. Le spectacle aura deux buts principaux :

Vulgarisation scientifique. Le partage d’informations sur l’évolution de l’état des connaissances en cosmologie de manière pédagogique et illustrée. Dimensions philosophiques : les liens entre connaissances scientifiques, organisation politique et représentations sociales au sein d’une société.

Immersion artistique. Les aspects intimes et affectifs du chercheur : doute, recherche de confort et de sens, effets des changements de paradigmes sur la perception de son environnement, exaltation et sentiment de puissance, etc. Dimension narrative : la mise en scène d’une histoire au sein d’un monde imaginaire rétro-futuriste.

Trame narrative

L’histoire se déroule sur une planète futuriste imaginaire – appelée « Tou » -, se situant à la périphérie du système solaire « confort ». La planète, urbaine, est organisée méticuleusement : chaque habitant y possède un rôle défini d’ « ouvrier », participant à la vie collective de la cité, et les savoirs scientifiques développés par une classe d’ « ouvriers-chercheurs » sont à la base de ses règles de fonctionnement. Afin de mettre à jour ces règles, une conférence publique de grande ampleur se tient tous les dix ans, au cours de laquelle sont présentées les conclusions des programmes de recherches fondamentales.

Pour l’édition de cette année, un ouvrier-chercheur – le protagoniste principal – venu d’une planète partenaire, doit présenter les résultats du programme de recherche interplanétaire
« GRAAL », visant à identifier le centre de l’univers. Le spectacle présente l’heure précédent l’allocution publique de cet ouvrier-chercheur, au cours de laquelle le protagoniste se rend au lieu de la conférence et répète son discours.
Ce choix narratif permet d’approfondir différents éléments :

– L’intériorité du chercheur. Il s’agit d’une période de tension intellectuelle et morale pour
le protagoniste, qui se rend progressivement compte que les résultats du programme « GRAAL » – qui concluent à l’absence de centre de l’univers – vont bouleverser les croyances collectives et l’organisation de la cité. Le focus sur la période de répétition permet à cet égard de mettre en scène les étapes de raisonnement et leur résonance affective et sociale chez le chercheur.

– L’immersion dans un monde imaginaire. Le choix narratif permet de montrer le parcours du protagoniste au sein de la planète – dont il découvre les mœurs, l’architecture et les ambiances en même temps que le public. Son trajet se déroule comme suit : la chambre, le salon, la ville, les docks, le temple. Chaque étape est marquée par un changement de décor, d’ambiance sonore et visuelle ainsi que d’une intervention de la voix off (voir Annexes).

Références générales

Stanley Kubrick, « 2001, L’odyssée de l’espace », 1968.

Ridley Scott, « Blade Runner », 1982.

«La planète sauvage», René Laloux, 1973

Suprématisme, cubisme, constructivisme

Contenu scientifique

Le contenu scientifique sera axé autour d’une recherche : celle du « centre » de l’Univers par le chercheur. Cela lui permettra d’aborder la question des révolutions successives – géocentrisme/héliocentrisme/galactocentrisme – et bien d’autres objets de blessures narcissiques qui amènent l’humain à relativiser sa place et la primauté de son point de vue dans l’Univers. Cela l’amènera progressivement au décentrage auquel le conduit la recherche : en physique, l’hypothèse de l’existence d’univers multiples par exemple amène ce paradoxe qu’au lieu de parvenir à identifier un centre, on multiplie les centres possibles ; en philosophie des sciences, le discours scientifique peut être perçu comme un système de relations au monde parmi d’autres, etc.

Références

Aurélien Barrau, « De la vérité dans les sciences », 2016 « Pluriréalisme et vérité », 2016

Bruno Latour, « Les médias sont-ils un mode d’existence ? », 2014

Lorraine Daston & Peter Galison, « Objectivité », 2012

Giorgio Agamben, « Qu’est-ce que le contemporain ? », 2008

Nelson Goodman, « Ways of worldmaking », 1978

Michel Foucault, « L’ordre du discours », 1970

Contenu artistique

Musique

Mélange de sons de guitare électrique, d’éléments synthétiques et de field recording (enregistrements d’ambiances sonores). Les morceaux diffusés sont divisés entre un style « ambient » – créant les atmosphères des lieux de la cité où se situe le chercheur – et des musiques plus rythmées et structurées dans un style rock-électronique – la musique devenant alors un élément central du spectacle, en lien étroit avec la danse et les arts visuels. Le type de mélodies et de sons choisis évoquent des esthétiques futuristes et spatiales. La musique est réalisée en direct à partir de l’addition de boucles sonores de guitare, piano électrique, et sons préenregistrés, grâce un logiciel de Musique Assistée par Ordinateur.

Références

Y0T0, « Nijisousaku », 2013. Musique ambient, inspirée du film « Blade Runner », utilisant des extraits d’enregistrements d’une mission Apollo.

Sabled Sun, « 2147 », 2015. Musique ambient et field recording basée sur un récit dystopique.

Max Richter, « Sleep », 2015.Musique moderne-classique, basée sur la variation autour de thèmes répétitifs, esthétique liée au ciel nocturne (lune, constellations).

DARSIDE, « Psychic », 2013. Musique associant électro et sons de guitare électrique.

Arts Visuels

Les arts visuels comprennent une alternance entre différents type de productions, tous projetés en direct sur le fond de la scène par le biais d’une caméra – filmant les mains de la productrice d’images – connectée à un vidéo-projecteur. Il s’agit tantôt de dessins à l’encre représentant l’association d’un mot et d’un geste signifiants prononcé et exécuté par le chercheur, tantôt d’une vue d’un bloc d’argile que l’on malaxe en ac- cord avec le propos du conférencier et l’atmosphère (pour suggérer un grouillement d’insectes par exemple). A d’autres moments il s’agit de jeux avec le défilement d’images évocatrices, telles que des images inquié- tantes de gargouilles ou les textures de tableaux de Soulage. C’est aussi par ce biais qu’est illustrée à chaque changement de décor l’entrée dans un nouvel espace, représenté en dessin vectoriel.

Références

Revue Strabic, Le-guide-du-designer-galactique, 2016. Ensemble de réflexions de designers autour de la notion de cosmos.

Eric Duyckaerts, Les «Conférences-performances», approches décalées des conférences scientifiques

Groupe N+1, «Impromptus scientifiques». Discours spectaculaires qui mettent en scène un chercheur, dont les travaux sérieux sont joyeusement déré- glés par le Groupe n+1

Danse

La chorégraphie est principalement divisée entre les interventions en solo du danseur, des duos entre le danseur et le chercheur et les changements de décor. Les mouvements de danse sont souvent frontaux – sous la forme de fresques – et utilisant des mouvements répétitifs. Une attention particulière est données aux bras et mains, qui présentent tantôt un aspect d’ « insecte » (antennes, pattes) lorsque le danseur est un habitant de la ville-ouvrière, tantôt font échos aux paroles et gestes du conférencier (positions des mains lors de l’allocution) lorsque le danseur est le double du chercheur et qu’il interagit avec celui-ci en duo. Les changements de décors sont effectués par des passes rythmées des cubes formant le décor (voir Décor). En dehors de ces moments chorégraphiés, le danseur est une présence à l’écoute du chercheur.

Références

Dominique Bagouet, « Déserts d’amour », 1984. Spectacle de danse recourant à mouvements mécaniques, frontaux – sur deux dimensions.
Maguy Marin, « Salves », 2011. Spectacle de danse dans lequel les danseurs s’envoient des éléments de décors de manière rythmée.


ACTEURS

Equipe de création

Le spectacle est une création originale d’un collectif de quatre personnes : Aurélien Barrau, Lucile Bienvenu, Farid Bouzid, et Simon Varaine.

Structure administrative

Le spectacle est porté par la compagnie TOPI – dirigée par Simon Varaine et Farid Bouzid. Elle se charge du support administratif et financier du spectacle ainsi que des relations avec le public et les partenaires.
Contact : cie-topi@outlook.com

Présentation des participants et rôle spécifique

Aurélien Barrau – professeur au Laboratoire de Physique Subatomique et de Cosmologie de Grenoble, enseignant à l’Université Grenoble Alpes. Fonction principale : conférencier / secondaire : interventions dansées, musicales, visuelles. Rôle dans la fiction : l’ouvrier-chercheur, protagoniste central.

Farid Bouzid – salarié au Centre National de la Danse de Lyon, étudiant en master de japonais à l’Université Lyon 3. Fonction principale : danse / secondaire : agencement du décor. Rôle dans la fiction : un habitant de la cité / l’alter-égo du chercheur.

Lucile Bienvenu – étudiante aux Beaux-Arts de Grenoble-Valence, étudiante en master de cinéma à l’Université Grenoble Alpes. Fonction principale : projection d’arts visuels / secondaire : voix off, interventions dansées, activation du système de suspension (voir éléments de décor). Rôle dans la fiction : une habitante de la cité.

Simon Varaine – doctorant en sciences politiques à Sciences Po Grenoble. Fonction principale : musique / secondaire : agencement du décor, interventions dansées. Rôle dans la fiction : un habitant de la cité.

Mathieu Allec – étudiant en Diplôme des Métiers d’Arts en régie de spectacle option régie lumière à Lyon. Fonction : création lumière et régie.

Partenaires

Cette initiative est soutenue financièrement par le Laboratoire d’Excellence ENIGMASS, le Fond de Solida- rité et de Développement des Initiatives Etudiantes (FSDIE) de l’Université Grenoble Alpes, le programme «Culture Actions» du CROUS Grenoble, et le dispositif «Etonnez-vous» de la Communauté Université Gre- noble Alpes – elle a reçu le prix spécial «Pépite Ozer» pour des projets à caractère entreprenant et innovant.


NARRATION

La cité Tou, prononcée Héééého par ses habitants – planète urbaine, foumillière, ville ouvrière – se situe à la périphérie du système Confort, en cet an 2016 après Anobium punctatum. Cette ville, divisée en groupes et sous-groupes, se répartie les tâches né- cessaires à son bon fonctionnement ; construction, modulation, recherche…

L’équipe ouvrière 42, secteur recherche, nom de projet ; graal, spécialisée dans l’étude du fonctionnement de l’Univers, fournit tous les 10 ans un compte rendu sur l’état des savoirs.

Cette année, c’est l’ouvrier-chercheur Anthrène bigarré Détapis, surnommé Hého par ses collègues, qui est à la tête du projet.
Il sera par conséquent porte parole lors de la conférence décennale qui se profile. Celle-ci est toujours l’occasion d’une célébration des connaissances de cette cité, fière de ses savoirs, qui vit et se régule au rythme de ses avancées.

En effet, les régles de la cité sont déduites des découvertes scientifiques. C’est pour- quoi cet événement decennal est heureux mais aussi crucial ; il s’agit d’une véritable mise à jour des lois et termes en vigueur dans la société.
Une heure avant le début de la conférence, Anthrène répète son discours, dans sa chambre.

Il reste 50 min avant la conférence. L’ouvrier-chercheur se déplace dans son salon. Celui-ci, comme tous les espaces – intérieurs et extérieurs – de la ville, est à ciel ouvert. On y aperçoit les étoiles du système Confort.
L’architecture de la ville, très codifiée, est une composition de formes géométriques soudées entre elles par une argile épaisse.
Dans ce monde modulaire où c’est l’espace qui se réorganise autour de nous, il est toujours difficile de savoir si l’on est chez soi ou dans la rue.

Il reste 40 min avant la conférence. L’ouvrier-chercheur sort de sa maison et rejoint l’artère principale de la ville. La langue parlée à Tou est univoque. Elle ne possède qu’un seul mot articulé, prononcé «Hééého». Ainsi, la devise de la ville «Petite four- mie deviendra reine», se prononce elle-même «Hééého». Ecoutez plutôt ces ouvriers chargés de la modulation urbaine qui conversent durant leurs travaux et scandent afin de se donner du coeur à la tâche.

Ces interactions peuvent sembler sommaires, mais en réalité le vocabulaire ges-
tuel des habitants constitue à lui seul un langage, qui enrichit considérablement les possibilités de communication. Les multiples configurations des membres supérieurs jouent un rôle essentiel dans cette variété d’expressions.

Il reste 20 min avant la conférence. L’ouvrier-chercheur fait un détour par les docks, en marge de l’artère qui mène au grand hall. Il regarde les débarquements de mar- chandise. Les chercheurs sont des ouvriers comme les autres, ils construisent et modulent.

Cependant, au contraire de leurs congénères, la construction que mettent en place les chercheurs se situe à l’intérieur de leur cerveau et exige d’être communiquée pour participer à la grande construction commune.
En somme, les chercheurs sont ceux qui bâtissent à l’intérieur.
Cette particularité est une charge périlleuse, qui nécessite de multiples contrôles et vérifications pour ne pas contrevenir aux intérêts de la ville. En effet, cette construc- tion mentale peut entrainer une remise en question faisant vaciller les fondations de la fourmilière…

Il reste 10 min avant la conférence. L’ouvrier-chercheur passe devant un temple comme il en existe de nombreux à travers la ville, jalonneant notamment le périmètre du grand hall. Anthrène est un immigré, arrivé il y a 10 ans d’une autre planète parte- naire, voisine du système Confort, dans le cadre du projet Graal.
Se parlant à lui-même lors de sa répétition, c’est dans sa langue natale, plurivoque, qu’il s’exprime. C’est sans doute pour cette raison qu’il se constitue des aides-mé- moires des gestes à éxecuter quand il sera face aux habitants de Tou, dont il maitrise mal le langage et les coutumes.

La conférence va commencer.
L’ouvrier-chercheur rejoint l’estrade du grand hall. «Hééého», s’écrit l’assemblée.

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